Le biochar, une poudre magique pour mon exploitation ?

Le biochar – autrement dit charbon végétal - est un sujet brûlant propulsé sur le devant de la scène en ce moment, avec à la clé de gros enjeux en terme de captage du CO2. Des bénéfices sont également attendus sur la fertilité des sols, mais il convient de rester prudent.

L’idée n’est pas nouvelle et est issue de la découverte, en Amazonie, de sols anthropogènes appelés terra preta dos Indios, très productifs et présentant un horizon enrichi en matière organique stable. L’intérêt agricole d’enfouir de la matière organique pyrolisée dans des sols pauvres en matière organique et lessivés de leurs argiles – le plus souvent en zones tropicales – n’est plus à démontrer. Ce procédé participe à une augmentation spectaculaire de la capacité d’échange cationique (CEC). De tels effets sur des sols en zone tempérée restent à cependant à démontrer.

Beaucoup d’entreprises proposent maintenant du biochar ou des produits à base de biochar. Ces produits ne seraient pas tous de même qualité, cette dernière étant assez dépendante des matériaux de base utilisés, de la température et de la durée de pyrolyse et des potentiels additifs incorporés (engrais, acides aminés, microorganismes effectifs, etc.).  

© pixabay

 

Parmi les propriétés du biochar, un fort pouvoir de rétention des cations (K+, Ca2+, Mg2+, NH4+) et des anions (NO3-, PO43-) est souvent cité. Une porosité importante, liée à une capacité de rétention en eau élevée, est également mise en avant. Dernier argument – et pas des moindres – l’enfouissement de ce matériau permettrait de stocker du carbone stable dans les sols agricoles. Dans la littérature scientifique, des effets négatifs sur la disponibilité des éléments nutritifs liés à un pouvoir de rétention trop élevé de ce matériau, ainsi qu’à une accumulation de polluants (pesticides, hydrocarbures, métaux lourds), ont été observés.

La question de l’administration du produit se pose également. Les vendeurs proposent toute une gamme d’utilisation, allant du complément alimentaire pour porc à l’épandage dans la litière, en passant par l’additif dans le lisier. Peu de données sont encore disponibles dans la littérature scientifique sur le sujet dans le contexte suisse.

Pour conclure, il convient de rester prudent quant aux utilisations et aux promesses du biochar. Etant donné le prix (environ 1 CHF/kg) et les recommandations d’administration (env. 10 t/ha) élevés, il est donc conseillé aux intéressés de commencer par faire des essais à petite échelle. Des recherches du FiBL, dont les résultats sont attendus, avec impatience sont actuellement en cours sur la croissance végétale du maïs, les communautés bactériennes et la décomposition du biochar suite à l’épandage de ce produit. A suivre.

Clément Levasseur & Joël Grossrieder, collaborateurs scientifiques