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Endettement des exploitations fribourgeoises : que disent les indicateurs financiers ? Article 2/2

19 mai 2026
Dans le premier article, nous avons démontré l’évolution structurelle de l’agriculture fribourgeoise, laquelle tend vers des exploitations plus grandes et plus capitalisées. Ce changement structurel implique des investissements importants et un recours accru aux capitaux étrangers.

Mais un niveau d’endettement élevé n’est pas nécessairement problématique. Tout dépend de la capacité de l’exploitation à générer suffisamment de liquidités pour rembourser ses dettes et financer son développement. Pour analyser cet aspect, le rapport de Grangeneuve s’appuie sur sept indicateurs financiers appliqués à un échantillon de 112 exploitations fribourgeoises, suivies entre 2018 et 2022. Chacun de ces indicateurs attribue une note permettant d’évaluer le risque lié au poids de la dette, sur une échelle allant de 100 (risques très élevés) à 500 (risques très faibles).

Source : Généré par une IA

Des indicateurs pour comprendre la solidité financière
Parmi ces indicateurs, on trouve d’abord le degré de financement étranger, qui correspond à la part des dettes dans le financement total de l’exploitation. Entre 2018 et 2022, celui-ci diminue progressivement, passant de 54,3 % à 48 % (contre 51 % en moyenne suisse en 2022). Cette baisse indique une réduction de l’endettement durant cette période. Toutefois, la situation reste contrastée : en 2022, plus d’un tiers des exploitations présentent encore un taux d’endettement supérieur à 55 %, ce qui les place dans une situation financière relativement fragile. À la fin de la période, la note moyenne des 112 exploitations atteint 292 points, ce qui situe l’indicateur dans une zone de risque moyens.
Un autre indicateur important est l’endettement net par hectare, qui mesure le niveau des obligations financières par rapport à la surface exploitée. À Fribourg, cet indicateur montre une situation plutôt favorable, avec une note de 342 points, correspondant à un niveau de risque faible. Sur la période étudiée, l’endettement net moyen passe de 14’812 CHF/ha en 2018 à 11’839 CHF/ha en 2022 (contre 16’049 CHF/ha en moyenne suisse en 2022). Cette diminution d’environ 20 % de l’endettement par hectare suggère une évolution favorable.
La situation est plus contrastée pour le troisième indicateur, qui mesure la part des actifs immobilisés financés par des dettes à long terme, autrement dit la proportion des bâtiments, installations et terres financés par l’emprunt. Bien que cet indicateur montre une légère amélioration, passant de 67,4 % en 2018 à 60,2 % en 2022 (contre 63,3 % en moyenne suisse en 2022), une part importante des exploitations reste fortement endettée. En 2022, plus d’un tiers des exploitations dépasse un taux de 75 %, ce qui traduit une dépendance marquée au financement externe pour les investissements structurels. Au total, la note moyenne des 112 exploitations s’élève à 242 points, plaçant cet indicateur dans une zone de risque important.

Le rôle central du cashflow
Au-delà du niveau d’endettement, la capacité à générer des liquidités reste un facteur déterminant. Plusieurs indicateurs analysent ainsi le cashflow, c’est-à-dire les liquidités générées par l’activité courante.
Le rapport montre que la relation entre la trésorerie et le volume d’affaires est globalement satisfaisante. Cet indicateur progresse de 32,8 % en 2018 à 38,2 % en 2022 (contre 33,2 % en moyenne suisse en 2022). Dans la majorité des cas, les exploitations disposent ainsi de liquidités suffisantes par rapport à leur activité. Cela indique que les remboursements de dettes observés ces dernières années ne se sont pas faits au détriment de la trésorerie. La note moyenne atteint 357 points, ce qui place cet indicateur dans une catégorie de risque faible.
En revanche, le cash-flow par hectare reste relativement faible dans le canton de Fribourg, passant de 1’822 CHF/ha en 2018 à 1’718 CHF/ha en 2022 (contre 2’041 CHF/ha en moyenne suisse en 2022). Une part importante des exploitations génère moins de 1’500 CHF de liquidités par hectare. Plusieurs facteurs peuvent expliquer cette situation, notamment une proportion plus faible de cultures à forte valeur ajoutée, un nombre réduit d’UGB par hectare ou moins d’activités annexes. Avec une note moyenne de 237 points, cet indicateur se situe dans une catégorie de risque important.
Lorsque le cash-flow est rapporté au chiffre d’affaires total de l’exploitation, le résultat apparaît plus favorable, même s’il évolue de 16,3 % en 2018 à 13,7 % en 2022 (contre 14,3 % en moyenne suisse en 2022).

Dans l’ensemble, les exploitations parviennent à conserver une part correcte de liquidités à partir de leur chiffre d’affaires, ce qui témoigne d’une bonne maîtrise des coûts et des dépenses courantes dans le canton de Fribourg. La note moyenne de 341 points place cet indicateur dans une catégorie de risque faible.
Enfin, l’horizon de désendettement, c’est-à-dire le nombre d’années nécessaires pour rembourser l’ensemble des dettes avec l’ensemble des liquidités disponibles, passe de 10,02 années en 2018 à 6,78 années en 2022 (contre 8,05 années en moyenne suisse en 2022). Cependant, près de la moitié des exploitations présentent encore une durée théorique de remboursement supérieure à douze ans, bien au delà de la plage cible de 5 à 8 ans. La note moyenne de 292 points place cet indicateur dans une catégorie de risque moyen.

Une situation globale plutôt stable
En combinant l’ensemble des indicateurs, chaque exploitation se voit attribuer une note globale de risque financier, allant de 100 pour un risque très élevé à 500 pour un risque très faible. Cette méthode, inspirée du rating SuisseMelio, offre une vision d’ensemble claire de la solidité économique des exploitations.
En 2022, un peu plus de la moitié des exploitations étudiées se situaient dans des catégories de risque faible à moyen-faible. À l’inverse, environ un quart présentaient des risques importants ou très élevés.
L’évolution sur cinq ans est néanmoins encourageante. La part des exploitations présentant un risque élevé diminue progressivement, tandis que celle des exploitations plus solides augmente légèrement. Autrement dit, lorsque les exploitations ne contractent pas de nouvelles dettes, leur situation financière tend à s’améliorer au fil du temps.
Cependant, cette amélioration moyenne masque des situations très diverses. Certaines exploitations renforcent nettement leur structure financière, tandis que d’autres connaissent des fluctuations importantes d’une année à l’autre. Cette diversité reflète des stratégies et des contextes très différents d’une exploitation à l’autre.

Investir tout en restant solide
Les données complémentaires apportent également un éclairage intéressant. Entre 2018 et 2022, le nombre de crédits d’investissement accordés dans le canton de Fribourg reste relativement stable, tandis que les prêts destinés aux exploitations en difficulté diminuent.

Source : Grangeneuve, Statistique des comptabilités agricoles, 2018-2022, Section agriculture.

Cette évolution peut être interprétée comme un signal globalement positif : les exploitations continuent d’investir tout en limitant les situations financières délicates.
Finalement, l’analyse montre que l’endettement des exploitations fribourgeoises demeure globalement maîtrisé, même si certaines structures restent plus vulnérables. La situation financière du secteur apparaît stable, avec une amélioration progressive pour une partie des exploitations.
L’enjeu pour les années à venir sera de maintenir cet équilibre : continuer à investir pour moderniser les exploitations, tout en préservant une capacité de remboursement suffisante et des réserves de liquidités solides. Car, comme le rappelle l’étude, l’endettement n’est pas un problème en soi — il devient un risque seulement lorsqu’il dépasse la capacité réelle de l’exploitation à le maîtriser.

Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser., Collaborateur scientifique
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